A PROPOS | Henri Loux

Henri Loux

- Un talent précoce...
- Une oeuvre importante inspirée par l’Alsace
- Une réputation mondiale : le service de table "Obernai"


Son nom fut longtemps ignoré mais son oeuvre est connue dans le monde entier à travers le décor de vaisselle, dénommé "Obernai", grâce auquel il a immortalisé nos coutumes, nos traditions, la vie quotidienne de nos campagnes. Maint restaurant ou "Winstub" sert ses clients dans ces assiettes dans le fond desquelles on découvre un village, une maison, une alsacienne en costume traditionnel. Dans les vitrines des magasins à souvenirs, trônent bien en évidence des objets aux décors réalisés par Henri Loux.

Un talent précoce...

Cet éminent artiste, né à Auenheim le 20 février 1873, est le fils de l’instituteur Henri Edouard Loux qui était venu s’installer à Sessenheim en 1875. Rien ne le prédestinait alors à une carrière artistique, car chez les Loux, on était instituteur de père en fils.

En 1884, après avoir bénéficié de l’enseignement de leur père , le jeune Henri et son frère intègrent le Gymnase protestant "Jean Sturm" à Strasbourg. Si l’aîné des frères est un élève appliqué, le cadet, Henri, est plutôt médiocre, sauf dans une matière : le dessin ! Il est imprégné de ce don dès sa prime jeunesse ; il apprécie avant tout de gambader dans les prés et les champs pour admirer les beautés de la nature environnante.

Encouragé par son professeur de dessin, Edouard Weisandt, Henri Loux souhaite se consacrer entièrement à l’art en devenant artiste-peintre. Son père s’y oppose d’abord puis l’autorise à suivre des cours du soir de dessin, et finalement accepte qu’il s’inscrive comme élève à l’Ecole des Métiers d’art (Kunsthandwerkschule) devenue plus tard Ecole des Arts décoratifs (Kunstgewerbeschule) à Strasbourg. Lors de l’inauguration du nouveau bâtiment en 1892, le jeune Loux récolte des éloges quant aux travaux qu’il expose. Il est inscrit dans la classe "Décoration".

Fin octobre 1893, il part pour Munich, à l"Akademie der Bildenden Kunst" où il excelle dans sa formation. Il acquiert un sens très aigu pour la peinture décorative. Deux éminents artistes peintres allemands, Ludwig Richter et Moritz Von Schwind, l’influencent alors. Le premier, ancien pofesseur de dessin à l’école de décoration de la manufacture de porcelaine de Meissen, a illustré des contes et légendes du folklore germanique, le second est le sublime décorateur de la "Wartburg".

En 1897, après ses études, Henri Loux revient en Alsace avec, en poche, le diplôme de "Kunstmaler" (artiste-peintre). L’artiste-peintre en herbe devient un grand voyageur. Il parcourt l’Alsace du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Partout, il retient sur ses feuilles ce qui l’émerveille et l’émeut : les scènes villageoises, les gens et leurs costumes, les maisons à colombage. Il reste surtout attaché aux villages et à l’entourage de son enfance : toute son oeuvre est un hymne au terroir de sa jeunesse.

Une oeuvre importante inspirée par l’Alsace

De plus en plus, il se voit confier divers travaux artistiques : l’illustration dun petit guide humoristique à travers Strasbourg, en 1898, la création d’une affiche pour la présentation d’un vaudeville de Goethe, "Die Fischerin", puis l’illustration de la couverture d’un recueil de poésies "s’Pfiffel vum e Meiselocker". Il crée la page de couverture (utilisée jusqu’en 1918) de l’Almanach Agricole et Viticole et des vignettes qui seront reproduites jusqu’en 1939.

Pendant l’Exposition Universelle de Paris, en 1900, le stand de l’Alsace est une reproduction très fidèle de la maison Kamerzell de Strasbourg. C’est Henri Loux qui se voit chargé par Léon Boll, directeur du journal d’Alsace et de Lorraine, de la création d’une grande affiche pour la promotion de ce stand, ainsi que de l’illustration d’une petite brochure, "Vins et Coteaux d’Alsace", qui est distribuée aux visiteurs. Coauteur de l’oeuvre "Comptes et Récits Nationaux", parue en 1908, M. Boll fait encore appel à Henri Loux pour l’illustration de 4 contes.

En octobre 1903, Loux s’associe à Wilhelm Scheuermann pour éditer les "Neue Elsässer Bilderbogen" (Nouvelles Pages Alsaciennes Illustrées). Sur les traces de Charles Spindler et Joseph Sattler, qui avaient crée de 1876 à 1878 les ’"Elsässer Bilderbogen", la revue devait faire" revivre l’art entre les Vosges et le Rhin".Mais par manque de moyens financiers, elle cesse de paraître en 1904.

Depuis 1896, des artistes alsaciens se réunissaient régulièrement à Schiltigheim, au restaurant "Maison Rouge", ou au "Schloessel" : Gustave Stoskopf, Charles Spindler, Ernest Munsch, Koerttgé, Stahl, Kraft, Braunagel, Hornecher, etc... Ils donnèrent à leur association le nom de "Kunschthafe" ( La Marmite des Arts). Loux devint un des leurs, et en novembre 1900, il réalisa le dessin pour le menu de l’assemblée.

Henri Loux fournit 7 dessins représentant des alsaciennes en costume traditionnel, à la" Chocolaterie Schaal", pour décorer l’emballage de tablettes de chocolat.

Une réputation mondiale : le service de table "Obernai"

L’oeuvre de Henri Loux est surtout connue pour le décor de vaisselle "Obernai". Mais les quelques 56 sujets , reproduits sur les différents objets, fabriqués longtemps par les Faienceries de Sarreguemines et aujourd’hui par les Manufactures de Lunéville- St-Clément, ne sont en fait qu’une petite partie de son oeuvre.

La Faiencerie de Sarreguemines, Utzschneider et Cie, était toujours à la recherche d’artiste pouvant créer de nouveaux décors pour la vaisselle.

En 1902, elle sollocita l’artiste Charles Spindler de Saint Léonard qui, trop occupé, transmit la demande à Gustave Stoskopf, qui lui-même la proposa à Henri Loux. Ses esquisses furent acceptées, et Loux se rendit alors à Sarreguemines, où il séjourna quelques mois. Les premiers objets : des cruches, des assiettes décoratives, des plats apparurent en 1903 sous le nom de "Loux".Lorsqu’un aubergiste d’Obernai souhaita acquérir un service de table complet avec les sujets de Loux, l’artiste fut rappelé à l’usine pour compléter la série du décor qui prit le nom de "Obernai"

Revenu à Strasbourg-Neudorf, Henri Loux s’acharnait à travailler. Mais déjà la mort le guettait : il fut hospitalisé en 1906. Mais il ne cessait d’espérer : il avait encore tellement de projets à réaliser... Hélas ! Au petit matin du 19 janvier 1907, il rendit son dernier soupir.

Un mois après sa mort, ses amis organisèrent à Strasbourg une exposition rétrospective sur son oeuvre, et un peu plus tard, parut la "Loux-Mappe", un ensemble de 30 reproductions d’oeuvres ou créations de l’artiste qui eurent un grand succès

En 1991, la commune de Auenheim fit ériger devant la maison natale de l’artiste une magnifique stèle. En 1986, fut édité aux" Editions de la Nuée Bleue", un ouvrage consacré à la vie et à l’oeuvre de Henri Loux. Les auteurs sont le Docteur Paul-André Befort et Fernand Gastebois.